IBM 7030
L’IBM 7030 a quelque chose de paradoxal : considéré comme l’ordinateur le plus puissant du marché jusqu’à trois ans après sa sortie, il embarquait de nouvelles technologies dont une bonne partie sont encore utilisées aujourd’hui. Malgré cela, IBM l’a considéré comme un échec au point de réduire son prix avant de le mettre rapidement en fin de vie avec une perte de 20 millions de dollars à la clé. Comment a-t-on pu en arriver là ?
En 1956, le laboratoire scientifique de Los Alamos (LANL) attribua un contrat à IBM pour la construction d’un supercalculateur. L’objectif était alors d’arriver à des performances 100 fois supérieures à celles de l’IBM 704, plutôt ambitieux donc. En 1961, le 7030 surpassait effectivement le 704, mais le rapport allait jusqu’à 38 pour 1. Au vu des performances « décevantes » IBM s’est alors vu contraint de baisser le prix de la machine de 13,7 M $ à seulement 7,78 M $, entrainant donc des pertes sur chaque exemplaire produit. Après avoir rempli ses obligations contractuelles, IBM retira le 7030 du marché sur un constat décevant d’un échec. Mais était-ce vraiment le cas ?
Non seulement cette machine affichait des performances très en avance sur leur temps (0,5 MIPS), mais en plus les technologies embarquées sont comparables à une cartographie de l’informatique moderne : préchargement des instructions et des opérandes, calcul arithmétique parallèle. Le 7030 disposait aussi d’un module (7619) en charge de répartir les données de la mémoire centrale vers les périphériques externes comme les bandes magnétiques, les consoles d’impression et les machines à lire/perforer des cartes. On tenait là le précurseur de la fonctionnalité DMA (Direct Memory Access) que nous connaissons aujourd’hui, bien que les canaux du serveur étaient eux-mêmes des processeurs et à ce titre, supérieurs au DMA. Le 7030 embarquait aussi des instructions d’interruption, de protection, d’entrelacement et des tampons d’écriture pour la mémoire et même l’exécution spéculative des commandes. Il faut aussi ajouter une forme limitée d’exécution dans le désordre plus connue sous le nom d’instruction spéculative pré-exécution. On aura donc deviné que l’architecture du processeur était en pipeline.
Les programmes étaient presque aussi impressionnants : le 7030 a servi pour le développement de bombes nucléaires, la météorologie, la sécurité nationale américaine ainsi que les premières missions spatiales Apollo. A l’époque, seul le 7030 en était capable vu sa quantité de mémoire hallucinante (256 000 termes en 64 bits) et sa vitesse de calcul sans précédent. En effet, il pouvait effectuer plus de 650 000 calculs en virgule flottante par seconde et plus de 350 000 multiplications. Le module d’indexation pouvait accueillir jusqu’à six instructions en simultané, tandis que le module d’arithmétique parallèle et de calcul par anticipation pouvait en gérer cinq, soit un total de onze instructions. Comparé à l’excellent 7090 sorti à la même époque, le 7030 faisait systématiquement huit à dix fois mieux suivant le type d’instructions.
En bref, le 7030 a certes eu une existence assez brève mais très utile, puisque sa technologie est encore utilisée de nos jours et qu’il a eu un impact majeur sur la famille System/360 dont le nom n’est plus à faire. Le 7030 pourrait donc tout à fait être considéré comme l’ordinateur le plus marquant de l’histoire des serveurs, et pourtant, ce fut un échec sur le plan commercial. Un beau paradoxe donc.

Ca passe franchement pour de la pub sur la fin ...
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Néanmoins, je comprends enfin l'utilité de ces mainframes actuels : une excellente capacité à simuler beaucoup de serveurs classiques en même temps.
Cela ne cache pas une vérité simple : un z10 coute le prix de 500 serveurs classiques, sans en avoir la capacité.
(mais faut reconnaitre que ca prend moins de place, parce que ca coute cher la place
Y a-t-il moyen de récupérer l'article complet photos incluses pour des aspects pédagogiques (présentation écoles) ?
Il existe un reportage littéraire sur la genèse du Eclipse MV/8000 de Data General, qui se voulait concurrent du Vax. Écrit par Tracy Kidder, le roman s'appelle "Eagle" en français (et "the soul of a new machine" en anglais), c'est une intéressante évocation de l'informatique industrielle de la fin des années 1970 : http://www.hyperbate.com/dernier/?p=2369
C'est vrai que le ton est très enthousiaste pour le z10, mais belle bête tout de même
Très bon article d'histoire bien qu'un poil trop "pro-IBM"... Rien à propos des serveurs HP, Sun et consors (à processeurs RISC), par exemple...
Sinon, pour le Colossus et le Bull Gamma 60 :
- Colossus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Colossus_(ordinateur)
- Bull Gamma 60 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Gamma_60 et http://www.feb-patrimoine.com/proj [...] mma_60.htm
Ah puisqu'on parle du Gamma 60, voilà comment Science et Vie commentait le match IBM/Bull en 1957 : http://www.hyperbate.com/dernier/?p=6869
manque le 370/158
"On peut même oser la comparaison avec les diamants"

Médaille d'or dans la catégorie Geek là
Ceci dit article très intéressant par un auteur passionné, merci
Article pro-IBM certes mais l'auteur ne cache pas qu'il y a travaillé et qu'il est resté fan.
On ne dit pas grand chose sur les Cray et les Silicon Grapics... Je trouve que c'est un peu dommage...
Excellent article, bien que pro-IBM, je dirais que c'est un excellent début qui mériterait d'être complété par bien d'autres serveurs marquants, au point d'en devenir une excellente idée de livre ! Une belle litérature bien éloignée de la traditionnelle auto-formation aux nouvelles technos
Ceci dit, j'aimerais bien extraire cet article pour le conserver ... Il vaudra le coup d'être relu dans 10 ans, par mon neveu qui en aura 26 !
le monde evolus vite j'aimerais bien voir dans 100 ans l'informatique ce qu'il pourrais etre .
1000 processeur core i7 qui tiens dans un micron 1micron
Imprimante IBM 1403 : 600 lignes/minute et non 600 lignes/secondes !