Près de quatre ans après le début de la cavale de l'assassin présumé du préfet Erignac, deux journalistes reviennent sur les invraisemblables rebondissements d'une enquête hors du commun.
Mis en ligne le 21 février 2003
Pas un pays où il n'aurait été aperçu. Gabon, Mali, Guinée, Venezuela, Madagascar, Australie, Grèce, Italie, Sardaigne… A chaque "tuyau" jugé sérieux, les enquêteurs ont mobilisé la machine policière. Des semaines de travail, en vain. Le petit berger de Cargese court toujours.
Sous le titre "l'Enquête sabotée", Christophe Deloire et Christophe Dubois, journalistes au Point et au Parisien, tentent d'expliquer les raisons de cette incroyable cavale. Leur thèse : Yvan Colonna n'a pu prendre le maquis qu'au prix de nombreux "ratés" policiers. Pourquoi l'ancien patron de la division nationale antiterroriste, Roger Marion, décide-t-il de procéder en "deux vagues" pour arrêter les assassins présumés du préfet Erignac alors que les suspects sont déjà "ciblés" ? Une question aujourd'hui encore sans réponse, le "grand flic" ayant refusé de répondre à tout interview.
"La ciguë du ridicule"
La guerre des services de police (DNAT, RG ou SRPJ), où chacun essayait de se voler la vedette, n'a pas contribué, loin s'en faut, au succès des recherches. Comme cette indescriptible lutte entre policiers et gendarmes terriblement bien décrite par les auteurs pour qui "ces conflits d'ego ont abouti au sabotage pur et simple de cette cause sacrée". Illustration : policiers et gendarmes auraient chacun déposé, à l'insu de l'autre, un "mouchard" sous le véhicule du leader présumé du commando Erignac. Un enquêteur se souvient qu'il y avait "de la friture sur la ligne"... Pour les auteurs, "les policiers boivent chaque jour depuis quatre ans la ciguë du ridicule".
Le livre revient longuement sur la personnalité de Jean-Hugues Colonna, le père du fugitif. Député socialiste, mitterrandien, jospiniste, proche de Pierre Joxe et Michel Charasse, l'homme a longtemps travaillé dans les cabinets ministériels de la Place-Beauvau. Il connaissait la plupart des personnes chargées de retrouver son fils. "Deux mois après l'assassinat du préfet Erignac, notent les auteurs, il était élevé au grade d'officier de la Légion d'honneur par Daniel Vaillant", alors ministre de l'Intérieur. Ses amitiés politiques ont-elles pu, d'une façon ou d'une autre, profiter à son fils ? Les auteurs ne tranchent pas. Ils décrivent surtout un père meurtri dont les enfants se sont peu à peu éloignés, militantisme oblige.
Prime secrête
Le passé d'Yvan Colonna est scrupuleusement revisité. Avec cette anecdote inédite : les deux enfants de Nicolas Sarkozy, nés d'un premier mariage avec une Corse vivant à une vingtaine de kilomètres de Cargese, le fief des Colonna, auraient joué au football avec Yvan Colonna. C'était le temps où celui-ci travaillait bénévolement au sein de l'association sportive locale. "Bien entendu, ils n'ont plus revu Colonna depuis son départ en cavale", précisent malicieusement les auteurs.
La question est maintenant sur toutes les lèvres : ce "fils de notable" sera-t-il retrouvé un jour ? Les effectifs policiers ont été triplés. Les hommes de la DST ont conçu un outil ultra-perfectionné capable d'analyser des milliers de conversations téléphoniques. Une "prime secrète" serait prête au cas où des bavards retrouveraient la mémoire… En attendant, Nicolas Sarkozy a créé une task force d'une vingtaine de policiers appartenant à différents services (RG, DST, DNAT, SRPJ). Son nom : le GRB, ou groupe de recherche du berger.
"L'enquête sabotée", sous-titrée "Pourquoi ne le retrouve-t-on pas", de Christophe Deloire et Christophe Dubois (Albin Michel, 246 pages, 18 €).
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euh j'y réfléchis Vous n'aurez pas ma liberté de penser La polynésie française il faut y être aller pour comprendre la magie du lieu