Mails impossibles entre Noos et AOL
Un virus ravageur a bloqué pendant plusieurs jours la messagerie des abonnés Internet du câblo-opérateur. Seule parade: la désinfection des ordinateurs touchés et le blocage des mails adressés aux internautes d'AOL.
Surfez couvert. C'est le message que le fournisseur d'accès Internet (FAI) Noos s'apprête à faire passer à grand renfort d'encarts publicitaires dans la presse faute d'arriver à protéger lui-même ses installations attaquées par un virus plutôt baraqué. Le 26 septembre dernier, la boîte mail des 180.000 abonnés Internet du cablo-opérateur ralentit puis se paralyse: courriels en rade, retards qui se comptent en heures voire en jours quand ce sont pas la perte pure et simple des messages émis ou à recevoir? Au final, c'est tout le système de messagerie de Noos qui tombe en carafe. Principal suspect, «Autoproxy», un virus lanceur de Spams (1) des plus pernicieux qui fait l'objet d'une plainte déposée par l'opérateur. Fonctionnant sur le modèle du cheval de Troie, ce virus sommeille dans les machines et se réveille lorsqu'on se connecte au réseau. Tiré à son tour du lit, son créateur peut alors reprendre la main sur sa bestiole et, par son intermédiaire, s'assurer le contrôle à distance de la machine.
Avec «Autoproxy», les pirates ne semblent pas intéressés par les fichiers personnels des internautes ou leurs carnets d'adresses mais par leurs messageries. Explication: ils se servent de l'ordinateur infecté pour lancer une campagne de spam à un rythme infernal. «L'intérêt pour le spammer est de pouvoir se masquer et d'apparaître comme un abonné Noos», explique Philippe Bourgeois, ingénieur au Cert-IST, un centre d'alerte sur les vulnérabilités informatiques (2). «Les machines infectées se mettent à générer des courriels de façon continue au maximum de leurs capacités». Le nombre de mail à traiter quotidiennement par la plateforme Noos aurait été multiplié par trois. A une telle cadence, il a suffi qu'une cinquantaine d'abonnés seulement déclarent le virus pour engorger le système. Point commun entre ces pourriels: tous sont dirigés vers des adresses dont le nom de domaine est xxx@aol.com. Selon le Cert-IST, «Autoproxy», qui contaminerait les utilisateurs au hasard de leur pérégrination sur le web, a été repéré en Allemagne, en Malaisie et aux Etats-Unis début septembre mais le couple Noos/AOL serait sa première victime en France. Le cablo-opérateur a beau prétendre que d'autres FAI également frappés préfèrent garder le silence, Philippe Bourgeois dit ne pas avoir «constaté la présence de ce problème chez d'autres opérateurs».
Le 10 octobre, en tout cas, après deux semaines de tâtonnement, bingo: la messagerie se remet à fonctionner. Ou presque. Si les experts ont planché d'arrache pied, ils n'ont pas trouvé la parade idéale et dû bricoler une solution à double détente: Noos propose aux abonnés infectés d'installer gratuitement l'antivirus adapté et se dote d'un filtre pour bloquer tous les mails à direction... d'AOL. Radical. Noos se défend d'avoir black listé AOL depuis le 4 octobrepour «protéger les deux plates formes», insiste Didier Gras, le directeur sécurité du câblo-opérateur. «Nous en avons été informés après que Noos a pris cette décision, précise AOL. Nous avons pris note. Avaient-ils d'autres solutions ? On espère pour nos abonnés que ce problème sera réglé au plus vite». Noos assure - à tort selon de nombreux témoignages - que les mails en direction d'AOL sont triés et que les messages non vérolés arriveront («en retard») à destination. Pour le préjudice subit, Noos le promet: «ceux qui en feront la demande bénéficieront d'un geste commercial». Le filtre ne devrait toutefois pas être levé tant que des virus sont encore en activité. Problème: rien ne dit que d'autres bombes à retardement ne sont pas assoupies dans l'ordinateur de centaines d'autres internautes. C'est cette crainte qui pousse Noos à envisager une campagne du pub de grande envergure pour protéger «gratuitement» les ordinateurs de ses abonnés, dont plus du tiers ne serait pas sécurisés.
Pour Luccas.org, l'association de Défense des abonnés de Noos, la réaction du FAI n'est pas à la hauteur: «La plupart des concurrents adoptent en interne une solution antivirus», tonne Jean-Michel Radisse, son président. «Noos fonctionne sans filet, et c'est pour ça qu'il demande à ses abonnés de se protéger». Autre critique: les installations de Noos seraient sous-dimensionnées. Réponse de l'accusé: «Nos serveurs sont appropriés à notre nombre de client et leurs capacités ont été augmentées de 30%». Stéphane Marcovitch, délégué général de l'Association des fournisseurs d'accès et de service Internet (AFA) juge pour sa part que «tout ça ne peut qu'inciter les gens à avoir un antivirus à jour». D'autant que si les affirmations de Noos selon lesquelles «il s'agit d'un acte volontaire puisque la main derrière ce virus choisit vers quels noms de domaine les spams sont envoyés» sont exactes, ce sont tous les FAI qui auront un jour ou l'autre du souci à se faire.
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