NVIDIA a créé la surprise en publiant un bénéfice presque deux fois et demie supérieur pour atteindre 581 millions de dollars (430 millions d’euros). Le chiffre d’affaires annuel de la société a atteint 4 milliards de dollars (3 milliards d’euros) ce qui représente une hausse de 12,8 % d’une année sur l’autre. Ces bons résultats sont d’autant plus impressionnants que la société a enregistré une baisse anormale de son chiffre d’affaires de 10,6 % lors du dernier trimestre 2011 en raison des inondations thaïlandaises.
Personne ne s’attendait à ce que les ruptures de stock et la montée des prix des disques durs affectent autant les fabricants de cartes graphiques qui ont été violemment écartés par les OEM au profit des IGP afin de baisser les coûts. Si AMD n’a pas parlé de cette catastrophe naturelle lors de la présentation de ses résultats, il souffre d’une baisse similaire des revenues générées par ses Radeon, ce qui semble confirmer la thèse de NVIDIA.
NVIDIA est finalement devenu un fabricant de CPU
Ses résultats financiers témoignent aussi des changements qui ont eu lieu au sein de la société ces dernières années. Après le rachat d’ATI par AMD, beaucoup se demandaient si NVIDIA allait aussi fabriquer des processeurs x86 (cf. Un CPU en préparation chez NVIDIA ?). Il est possible que la société y ait pensé (cf. NVIDIA pourrait faire des CPU x86). La firme a néanmoins toujours publiquement nié ces rumeurs (cf. NVIDIA ne fabriquera pas de CPU x86) et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Les usines pour ce genre d’architecture sont monopolisées par AMD et Intel et le marché gravite autour de ces deux acteurs.
De plus, la firme de Jen-Hsun Huang aurait eu beaucoup de mal à obtenir les licences x86 d’Intel nécessaires à la fabrication d’une telle puce. Les relations entre les deux sont tendues depuis le non-renouvellement des accords qui permettaient au Caméléon de produire des chipsets pour les processeurs du fondeur et qui a poussé le fabricant de GPU à renoncer au marché des cartes mères (cf. NVIDIA abandonne les chipsets). Il est vrai que la firme aurait pu racheter VIA pour contourner ce problème (cf. nVidia produit des processeurs x86 : 386SX à 40 MHz), mais il a choisi un angle d’attaque complètement différent qui porte aujourd’hui ses fruits.
En effet, il a fusionné son département SoC avec celui dédié aux chipsets de cartes mères pour dynamiser son projet Tegra. Aujourd’hui, les revenus annuels générés par sa puce ARM ont fait un bond spectaculaire de 199,2 % pour atteindre 591,2 millions de dollars (440 millions d’euros). L’activité GPU reste sa principale source de revenus avec un chiffre d’affaires de 2,5 milliards de dollars (1,85 milliard d’euros), soit 63,6 % de ses ventes. Néanmoins, alors que les processeurs graphiques souffrent de la baisse de la demande en PC, la firme jouit de la nouvelle popularité des plateformes mobiles.
Une croissance durable ?
La question est de savoir si le Tegra 3 aura le même effet que le Tegra 2 l’an dernier. Autrement dit, la firme peut-elle continuer à assurer la croissance de sa division SoC ? En effet, les chiffres de 2011 s’expliquent principalement par le carnet de commandes que NVIDIA a mis en avant au début de l’an dernier. Le 16 février 2011, il sortait du CES en jubilant. Il était présent dans la tablette Xoom de Motorola qui était considérée à l’époque comme une des meilleures alternatives à l’iPad. ASUS avait montré son Eee Pad Transformer et vanté les mérites du SoC. Samsung allait promettre un Galaxy Tab 10.1 Tegra au MWC 2011. Acer, ASUS, Toshiba et LG avaient aussi garanti des terminaux embarquant la puce verte.
Les commandes furent satisfaites et le chiffre d’affaires de Tegra s’est envolé, porté par le Tegra 2. Néanmoins, la firme a connu une baisse des ventes de l’ordre 40 % entre le troisième et le quatrième trimestre 2011 qui s’explique sans doute par la transition vers le nouveau SoC Tegra 3. NVIDIA doit aussi faire face à une compétition extrêmement rude et certains questionnent sa capacité à maintenir la croissance qu’il a connue l’an dernier. Cette année sera en principe celle du Tegra 3 Kal-El. ASUS, Acer, Fujitsu et Lenovo ont déjà annoncé être de la partie. Le fait que NVIDIA ait un ARM quad core bien avant ses concurrents en fait un des grands vainqueurs du MWC, selon l’analyste Rajvindra Gill cité par Barron’s. Néanmoins, Intel a réussi à voler les projecteurs avec ses Medfield. Nous aurions tout de même tort de sous-estimer NVIDIA qui semble bien se préparer au lancement de Windows 8 (cf. Des tablettes Windows 8 Acer et Lenovo à la sortie de l’OS).