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A l’infini, nul n’est tenu

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Histoire de conforter l’image du gouvernement dans cette entreprise, les conseillers du président affirment que le projet Gallica, visant à mettre en ligne quelques 80 000 ouvrages et 70 000 images en ligne, en plus de la reproduction des archives de 22 journaux (à l’heure actuelle), est en bonne voie. Mais si tout était si facile, ça se saurait.

Une odeur de chaud

Que l’on soit d’un côté ou de l’autre de l’Océan Atlantique, cette entreprise de mise en ligne des œuvres comporte autant de risques que de défis. De leur côté, les Européens doivent « juste » trouver un budget de l’ordre de 150 millions d’Euros, afin de pouvoir concrétiser leurs ambitions. Il y a fort à parier que le financement de cette entreprise sera public, et que les contribuables européens seront « invités » à collaborer à ce chantier. Alors que l’Union Européenne traverse une crise identitaire sans précédent, et que celle-ci n’est que l’écho de la colère d’une population plus sensible à des problèmes de nourriture du corps, plutôt qu'à des problèmes de nourriture spirituelle. Certes, de son côté le gouvernement français garantirait un fond de 36 millions d’Euros pour la recherche, et de 60 millions d’Euros pour l’entreprise de numérisation. Mais dans quelle mesure l’Etat pourra garder cette ligne de conduite, face aux « nouvelles » priorités gouvernementales qu’a « révélé » le scrutin du 29 mai dernier ?
Côté américain, la tache est aussi loin d’être aisée. Techniquement, il semble bien que Google ait mis au point des outils performants permettant la numérisation de ces ouvrages à la vitesse d’un grand « V », et à moindre frais. Pour reprendre une fois de plus les propos de Eric Schmidt, PDG de Google : « Notre mission est d’organiser l’information du monde, et de la rendre accessible à tous… Et d’après nos estimations actuelle, ce travail prendra trois cents ans, au moins ! ».
Mais il y a une différence fondamentale entre voir large, et voir grand…
Diffuser de l’information n’importe comment, sous prétexte qu’il faut ratisser le plus de public possible, ne doit pas se faire n’importe comment. Le 31 mai dernier, nous avions eu la connaissance d’un courrier adressé à Google, écrit pas l’Association of American University Presses, regroupant une centaine d’éditeurs de livres et de revues universitaires. Le message soulignait l’inquiétude des représentants de cette association, qui redoutaient avec ce projet « un non respect systématique et à grande échelle du droit de copyright ». Pour mieux illustrer ce propos, il est intéressant de savoir que l’Agence France Presse a déposé le 17 mars dernier une plainte contre Google. L’entreprise est accusée de reproduire sans autorisation des titres et des photographies d’articles sur son service Google News.

Apaisement

Aussi, Google a-t-il tenté de jouer l’apaisement avec la France. Les responsables ont avoué leur surprise face à la virulence des réactions Françaises et européennes, se défendant même de vouloir faire de leur projet une démarche pleine « d’impérialisme culturel américain ». De fait, Google en appellerait même à une participation active des institutions européennes à leur projet.
De son côté, le directeur de la BNF se défend de voir en sa volonté de créer une bibliothèque virtuelle européenne un outil de « contre-attaque » face l’hégémonie culturelle américaine. Ce dernier argue même du fait que la vision de la bibliothèque virtuelle européenne sera autant partiale que celle de Google Print, avant de conclure sur le fait que la présence d’une deuxième bibliothèque mondiale ne pourra qu’être bénéfique, puisque offrant aux lecteurs un certain pluralisme culturel.
Il n’en demeure pas moins qu’on se demande où cela risque d’aller, tant idéologiquement que financièrement. La communauté internaute est loin d’être idiote, et a déjà prouvé par le passé qu’elle était capable d’auto-générer son regard critique, et son « pluralisme culturel ».
En guise de conclusion, on se demande si les responsables de ces projets de mega-bibliothèques se sont penchés sur le modèle de Wikipédia. Certes, l’objet de ce site est de faire une encyclopédie vivante et ouverte, et non pas de mettre en ligne des archives scannées… Mais il est impossible de ne pas essayer quelque chose employant la même volonté commune de tout un chacun. Après tout, depuis quand est-il interdit d’être utopiste ?

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