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L'état des lieux du libre

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Le FOSDEM débute donc le samedi matin par plusieurs discours sur le monde du logiciel libre: ici, peu de technique mais plutôt un état des lieux du mouvement quant à son éthique, ses valeurs et son avenir.

  • Tim O'reilly: être libre et ouvert est-il un avantage technique et économique ?
Pour ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans une librairie technique et plus particulièrement au rayon Informatique et programmation, il est fort probable que vous ne connaissiez pas Tim O'reilly.

Fondateur de la maison d'édition du même nom, Tim O'Reilly a publie plusieurs ouvrages majeurs sur l'Internet comme « The Whole Internet User's Guide & Catalog », considéré comme l'un des plus importants ouvrage du XXème siècle outre atlantique.

Mais au delà de ses activités d'édition, Tim O'reilly est aussi un pionnier du commerce électronique. Il s'est aussi fait connaître pour son soutien et sa participation directe à bon nombre d'événements liés au monde du logiciel libre et à son développement. Enfin il est engagé dans la lutte contre les brevets logiciels et pour la défense de l'Open-source, entre-autre.

Tim O'reilly compare le développement des logiciels libres à l'évolution des ordinateurs personnels. Au début des années 80, chaque constructeur y allait un peu de sa sauce, rendant la compatibilité entre les différents systèmes difficile à mettre en oeuvre. La révolution dans le monde des PC est donc venue d'IBM qui, le premier, a décidé de rendre publique les spécifications matérielles de ses machines. L'idée était de montrer aux autres constructeurs comment ils devaient faire pour être compatibles IBM.

C'est ainsi qu'à l'époque IBM pris le pas en terme de volume de vente de machines sur les autres constructeurs comme APPLE par exemple qui continuera pendant longtemps à faire cavalier seul.

Par la suite IBM change d'optique en ajoutant des nouvelles innovations propriétaires comme les fameux bus MCA qu'on pouvait trouver sur les IBM PS/2 (Personnal system 2). Ce faisant, IBM s'éloigne alors des standards de compatibilité qu'il avait lui-même établi. Les constructeurs de périphériques et autres carte filles durent alors créer des version spécifique pour IBM.

C'est en partie ce qui explique, selon O'Reilly, le succès des ordinateurs DELL vis-à-vis d'IBM ensuite : DELL a en effet très tôt pris le parti de ne pas innover et de se conformer au standard. Encore aujourd'hui, beaucoup d'administrateurs de parcs choisissent DELL pour son excellente compatibilité quitte à sacrifier un peu de performance.

L'exemple d'IBM montre comment un système ouvert et libre peut être le garant d'un certain succès... pour peu qu'on se tienne à ce standard. Alors pourquoi n'en serait-il pas de même pour les OS libre ?

  • OS libre = OS marginal ?
Pourquoi les OS libres ne sont-ils pas plus répandus chez les utilisateurs au profit de logiciels propriétaires ?

Il y a plusieurs raisons à cela:

  • L'uniformité:
La première est que les logiciels libres, si ils sont effectivement ouverts, ont mis énormément de temps à s'uniformiser. La situation s'est désormais grandement améliorée, même si certains points noirs subsistent comme par exemple le cas des '.rpm' non-uniformes pour toutes les distributions de GNU/Linux. C'est à n'en pas douter un frein conséquent pour le support de matériels quand le constructeur ne souhaite pas donner les codes sources pour des raisons évidentes de confidentialité: on voit en effet mal ATI publier les sources de ses drivers et les rendre ainsi accessible à son concurrent. (on imagine mal NVIDIA distribuer ses sources avec certaines optimisations pour d'autres raisons tout aussi évidentes).

Le logiciel libre doit donc désormais lutter contre cette inertie, contre l'avance qu'il a laissé prendre à ses compétiteurs (propriétaires et donc uniformes) du point de vue de l'uniformisation. Mais force est de constater que l'intérêt croissant pour les solutions GNU/LINUX montre que la communauté de développeur libre va dans le bon sens de ce point de vue.

  • Le mythe du 'user-friendly':
Une des critiques les plus courantes (je dirai même plutôt l'un des trolls les plus courants) concernant les solutions libres et Linux en particulier est :

«Linux, çà n'est pas facile à utiliser, ce n'est pas pratique, les logiciels ne sont pas 'user-friendly'.»

Ce à quoi nous avons souvent tendance à répondre (pour faire avancer le troll donc) :

«Ce n'est pas vrai, par exemple Open-Office a fait de gros progrès, et GAIM çà marche très bien, etc...»

La bonne réponse à ce troll de bas étage ne serait-elle pas plutôt:

«Qui aujourd'hui oserait dire que Yahoo.com, Google.com ou Amazon.com ne sont pas faciles à utiliser ?»

En effet, ces sites Web, si ils font tourner du logiciel propriétaire, sont essentiellement basé sur GNU/Linux et/ou sur LAMP (Linux Apache MySQL PHP). Bien sur que les codes sources de ces sites ne sont pas libres ! et alors ? Il n'en reste pas moins vrai que leur utilisation est des plus accessibles.

De manière général, le problème de la facilité d'utilisation des softwares libres est un faux problème :

Encore une fois, l'inertie joue en défaveur du libre: le logiciel libre doit désormais compter avec les connaissances et les réflexes acquis par l'utilisateur de PC moyen sous Windows. Une connaissance qui veut que si çà ne ressemble pas à Windows, ce n'est pas facile à utiliser. Aujourd'hui l'installation d'une distribution courante de Linux sur un PC courant est a la portée de tous ceux qui ont installé Windows une fois, preuve encore une fois que l'inertie en la matière peut être vaincue.

  • Le pseudo-retard accumulé :
A première vue, le logiciel libre peut sembler archaïque à utiliser pour certaines personnes. En fait, bon nombre de gens pensent encore que Linux, pour ne citer que cet OS-là, est à la traîne. J'aurai envie de répondre: comment peut-il en être autrement ?

C'est encore un problème d'inertie et d'habitudes des utilisateurs. Comment faire un programme compatible Microsoft Office avant la sortie de celui-ci ? Comment AMSN peut-il être en avance sur Messenger ? Comme il est évident que le plus grand nombre dicte le standard, tous les programmes libres prétendant une compatibilité quelconque avec d'autres logiciels propriétaires ne peuvent qu'être en retard sur ces derniers. Surtout dans la mesure ou les éditeurs de softwares propriétaires ne sont pas très enclins à collaborer dans ce sens et on les comprend.

On les comprend bien même, puisque la distance technologique séparant les versions 'open-source' et les versions propriétaires de certains software s'amenuise de jours en jours. D'autant plus que les logiciels libres passent maintenant sur d'autres plateformes, comme Windows ou MAC-OS maintenant.

Ceci est du à la méthode de travail des développeurs du libre: la collaboration entre développeurs s'améliore et les développement s'accélèrent. Et cela, les éditeurs de logiciels propriétaires l'ont bien compris et ont créé leur propres réseaux de co-développement, citons Collabnet et à moindre titre Asp.net.

Ironie du sort, ce qui permet au software libre de compenser son retard inhérent à son besoin de compatibilité lui vaut d'être en avance sur les méthodes de développement de logiciels.

  • Alors le libre est-il vraiment à la traîne ?
Clairement non. Le libre tire un avantage conséquent de son architecture ouverte, une ouverture qui permet à des entreprises de TOUT savoir sur la plateforme qu'elles utilisent, ce qui représente un avantage certains d'un point de vue économique et technique.

Ensuite, le logiciel libre peut compter sur sa communauté: vous inventez un logiciel génial chez Microsoft ? Merci beaucoup. Vous inventez un logiciel génial sous GPL ? Votre nom sera connu partout sur la planète au sein d'une communauté, et au delà même du crédit immédiat que l'ont peut en retirer, les bénéfices personnels peuvent être bien plus grand que ce que vous accordera une corporation. Maintenant tout est question de priorité.

Au delà même du simple développement, l'utilisateur Lambda tire également profit de cette communauté: il devient plus facile de trouver de l'aide sur un forum consacré à Linux, par exemple que de trouver de l'aide pour un autre OS propriétaire. Et puis il faut également saluer l'effort des développeurs de distributions GNU/LINUX comme Mandrake ou Fedora qui ont rendu l'installation de Linux plus facile que jamais avec leur dernières versions ?

Enfin, l'absence de licence est un des gros avantages du libre sur le logiciel propriétaire. Certes, il y a des études qui tendent à démontrer que le coût de maintenance de parcs sous Linux est plus élevé que le coût d'un parc sous Windows. C'est à mon avis sans compter qu'un administrateur Linux est un geek en puissance et que sa connaissance importante du système d'exploitation lui-même sera évidemment mis à profit sans sur-coût.

  • Que faire pour étendre l'utilisation du logiciel libre ?
Un point intéressant soulevé par Tim O'Reilly est l'effort qui doit être fait pour caractériser complètement tout ce qu'offre le libre, et tout ce qu'il n'offre pas, faire l'inventaire en quelque sorte. Ensuite il faut que la communauté se penche sur ce qu'on appelle outre-atlantique les 'alfa-geek', ceux qui inventent des logiciels, des protocoles ou des systèmes innovant afin de les intégrer des les premiers développement dans les logiciels libre. Ce n'est que par ce biais que le monde du logiciel libre, et Linux en particulier pourra imposer en quelque sortes aux autres OS sa compatibilité.

Enfin il faut continuer l'effort déjà consenti pour faciliter l'accès au libre pour le plus grand nombre.

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